Car après avoir touché le ciel, le magicien devait maintenant toucher avec son bâton le fond de l’océan. C’était le bon moment et le seul moyen de réaliser son rêve d’homme et de mage : aller plus loin que la mort, réunir le ciel et la terre, la montagne et la mer, passer de l’hiver de sa vie au printemps d’une vie nouvelle.
Le vieil homme et l’ours marchaient en silence. En cet endroit la forêt était sombre, les arbres serrés les uns contre les autres, le soleil n’entrait pas …
« A l’aide ! A l’aide !
murmura un sapin. Je n’en peux plus, je fais trop de cauchemars. La nuit, la taupe mange mes racines, le pivert me blesse avec son bec, le bûcheron coupe mes branches. J’ai peur ! Aide-moi magicien, aide-moi à changer mes cauchemars en rêves ! »Le vieil homme ouvrit son sac à malice et en sortit un carré de chocolat magique, fait de miel et de piment, de fraise des bois, de cacao … Il le tendit à l’ours qui le croqua.
« Va et reviens ! »
dit le magicien.Et d’un coup, l’ours disparut de ce monde pour rejoindre l’autre : celui des ombres et des fantômes, au pays des cauchemars du sapin.
Il savait ce qu’il fallait faire : il emporta la taupe qui mangeait les racines dans une prairie sans arbres. Il attrapa le pivert et le relâcha dans le ciel des rêves, il fit du bûcheron un berger et de sa hache un chien. C’était fini. Plus de cauchemars pour le sapin. L’ours pouvait revenir dans le monde, à côté du magicien. Le sapin était guéri, il chantait son histoire !
« Ils sont venus de nuit, pour me faire peur au lit
les cauchemars, les mauvais rêves, les gros soucis !
Pivert blesse mon bois, bûcheron coupe mon tronc
Et taupe enfin qui croque mes racines et creuse un pont.
Merci au chocolat, à l’ours et au piment
Au magicien, à son bâton, merci au vent
Moi je garde les bons rêves, quand je marche quand je vole
Quand je deviens un baobab ou un pingouin …
Ils sont enfin partis les cauchemars, je suis guéri et c’est fini … »
