Lundi 14 Août 1910

Je m'appelle Elizabeth, j'ai 21 ans. Je vais vous raconter mon histoire lorsque j'étais petite.

C'était en 1889, et j'avais 10 ans. J'habitais au Creusot avec mes parents et mes frères. Auparavant, c'était une ville de 1 300 habitants. Mais depuis que les deux frères Schneider ont bâtis sa réputation mondiale en 1836, c'est devenue une grande ville de 27 000 habitants.

Mon père était ouvrier dans l’usine des Schneider qui était loin de la maison. Il rentrait tard le soir, le visage noir de charbon, les traits tirés, et les jambes lourdes de fatigue. Mais ce soir là, mon père était content, malgré sa fatigue, car il avait eu une augmentation de salaire, grâce à une promotion. Pour fêter l'évènement, mon père nous avait tous emmenés au restaurant. Le lendemain, il nous avait emmenés à l'exposition universelle, qui a été organisée par Jean-Charles Alphand du 5 mai au 31 octobre 1889. Nous y étions allés en bateau à vapeur, c'était la première fois que je montais dedans, et c'était impressionnant. Il y avait un monde fou à l'exposition ; Au moins 28 122 000 visiteurs sur 50 hectares. Un des symboles les plus éclatants de cette exposition universelle était la Tour Eiffel : construite par Gustave Eiffel et qui a était inaugurée le 15 mai 1989. Nous avions été la visitée. C'était vraiment génial !

Nous avions quitté la campagne pour habiter dans les nouvelles constructions spécialement créées pour les ouvriers de l’usine. Mon père avait dû laisser ses chevaux à mes grands-parents. Tiens, il faudrait que je retrouve la photographie des grands-parents : en effet grâce à l'invention de la chambre noire en 1816 par le français Nicéphore Niepce, ils ont pu faire venir un photographe. Ce fût un moment inoubliable pour eux, car se faire photographier était très rare à cette époque. Le curé avait un appareil photographique, et les avait immortalisés avec leur nouvelle charrue. C'était une merveille!

Tous les matins, très tôt, mon père se rendait avec tous les voisins à la forge. On apercevait de loin les hauts fourneaux. Le bruit était impressionnant. Mon frère aîné, lui, travaillait à la mine. Le fer et le charbon arrivaient chaque matin en chargements grinçants des villes voisines ou d'Afrique, sur des locomotives à vapeur.

Mon père s’était lié d’amitié avec un voisin. Il apportait le journal à mon père, et ils discutaient des inventions toutes nouvelles, des nouvelles machines qui seraient peut-être bientôt à l’usine. Ma mère riait, les traitait d’idéalistes, de rêveurs, et se moquait d’eux quand ils lui promettaient des machines qui laveraient le linge à sa place, qui garderaient la nourriture au froid. Il nous avait offert un livre merveilleux, où il était question de machines, d’inventions. Comme mes parents ne savaient ni lire, ni écrire, ils insistaient pour que je fasse bien mes devoirs de l'école, car eux n'avaient pas eu cette chance, et qu'à partir de 1882, l'école est devenue gratuite et obligatoire pour tous. Quand je rentrais à la maison, mes frères et moi nous nous penchions sur les illustrations. Nous y retrouvions les locomotives de la forge, et bien d’autres merveilles. Nous rêvions de voyages sur le canal de Suez, en bateaux à aube, et essayions de comprendre les schémas de la toute nouvelle machine à vapeur de Watt conçue en 1769 par James Watt. Elle est capable de pomper l'eau des mines, d'actionner toutes sortes de machines installées dans les ateliers et de faire avancer les locomotives et les bateaux.

Pendant nos longues observations, ma mère tissait. Son métier Jacquard lui permettait de vendre des pièces de coton et de rapporter un peu d’argent au ménage. Malheureusement, la lampe à pétrole n’était pas suffisante en hiver pour tisser tard. Je me souviens son bonheur quand mon père a apporté, bien des années plus tard, notre première ampoule à incandescence inventée par Thomas Edison en 1880. Maintenant, ma mère pouvait tisser tard le soir. Vive Edison!

Un jour, mon père est allé chez le patron. Il nous raconta mille fois ce qu’il avait vu chez eux : le nombre de pièces, les meubles, mieux que dans un château, et sa femme couverte de bijoux! «C’est sûrement pas pratique pour travailler ! » avait dit ma mère, jalouse de tant de confort. Elle qui travaillait du matin au soir à la maison!

Un jour, on appris par le journal qu'un homme, Louis Pasteur, né en 1822, avait découvert un vaccin. A quoi pouvait-il servir ? Nous n'avions jamais entendu parler de cela. Et le livre ne nous en disait rien. Il nous faudrait guetter le prochain passage du colporteur pour en savoir plus.